Archives mensuelles : novembre 2012

l’Attente

 

Je marche, mes pieds nus s’enfoncent profondément dans la terre noire tandis que je tourne la tête dans tous les sens, ne voulant rien perdre de ce qui m’entoure.

La souffrance de la Terre m’atteint de plein fouet tandis que tous les poisons qu’elle contient remontent le long de ma cheville en un tentacule noirâtre.

J’avance néanmoins, le corbeau se pose sur mon épaule, la louve trottine à mes côtés, vigilante, alerte, la génisse s’ébroue et de son sabot puissant ouvre la voie.

Le vent fouette  mon visage et je suffoque à son contact. Il est lourd, chargé de fumées, de combustion, il ne remplit plus correctement son office. Je porte la main à ma gorge, le souffle court.

Où est la forêt ? Je ne vois que champs, clairières, routes, villes et villages. Où sont les bosquets sacrés où nous célébrions cette terre à qui nous devions tout ? Où sont les pierres levées au milieu desquelles venaient danser les fées ? Où sont l’ours, le loup, le renard, le serpent et tous les petits animaux qui peuplaient ces étendues boisées ? Où sont nos guerriers et leurs chants puissants et fiers ? Où sont les voix claires des femmes qui allaient laver le linge à la rivière ? Où es-tu ma sœur, celle qui devrait m’accueillir et me célébrer ? Où courent nos enfants sous le regard des bardes et des druides ? Pourquoi les pommiers d’Avalon me semblent-ils inaccessibles ?

Ma louve s’abat à mes pieds, la tête explosée par un projectile dont la détonation m’a rendue sourde. Mon corbeau agonise en des soubresauts désespérés, empoisonné par la chair de l’animal corrompu qu’il vient de consommer. Ma génisse est à genoux devant deux hommes et un énorme poinçon vient transpercer son crâne et l’abattent direct, des machines la débitant en tranches.

Le poison de la Terre coule désormais dans mes veines et me voici à genoux, déversant des larmes suppurantes.

Que les Firebolgs m’emportent, qu’avez-vous fait de ce monde ?

Qu’en avez-vous fait ?

Nous vous avions laissé un héritage, nous vous avions juste fait don de ce monde.

J’ai honte de ce que je vois, j’ai mal de ce que vous êtes devenus.

Je m’assois sur une pierre, agonisante. La brume m’entoure en une étreinte protectrice.

J’attends que se présente mon champion. Notre champion. Celui pour qui je suis là.

La peau à vif, le souffle rauque, le cadavre des mes familiers décomposés à mes pieds, je l’attends… La Gae Bolga est soigneusement emballée dans mon dos.

J’attends…

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le Poulpe et la Louve

Je ne sais pas par quoi commencer, alors je ferme les yeux et je vous rapporte la première image qui me traverse l’esprit. Le regard, un regard, un regard de noyé. Parce que quand je pense à lui, il y a toujours de l’eau autour de lui, semblable à celle que je vois dans ses yeux à cet instant.

C’est aussi un homme de l’instant. Le voici et l’instant d’après il n’est plus là, me laissant avec mes paroles et mes gestes suspendus. Car le Poulpe sait être papillon aussi, une eau sans cesse en mouvement qui virevolte, tourbillonne, cascade tantôt grondante, tantôt joyeuse.

Il me dit qu’il est seul, à chaque seconde et je le crois. Il appartient à ma race, ce poulpe là. Lui aussi arpente un chemin, bien que différent du mien, qui le condamne à la solitude. Contrairement à moi, cette solitude lui fait peur et je ne peux pas le soulager, juste l’aider à le supporter. C’est à lui de trouver la force et la détermination pour savoir accepter, intégrer ce néant.

Le voici devant moi et alors tout disparaît, il ne reste que nous, nos regards qui se croisent, les mots, les mots et soudain une caresse qui se transforme en une étreinte qui vous broie et vous coupe le souffle. A n’importe quel moment, je la reconnaitrais cette étreinte. Quand je suis dans ses bras, je suis au cœur du cyclone et j’y suis bien. Tout grouille autour de nous, nous sommes dans une bulle, je suis dans une bulle où je me sens bien protégée, bien au chaud. Car il est l’énergie masculine en cet instant, une énergie qui enveloppe de manière impérieuse et vorace. Soudain l’étreinte se desserre et le voici qui a disparu alors que je suis un peu essoufflée, un peu étourdie.

Mais parfois  je suis la plage sur laquelle il s’échoue. Il s’accroche pour ne pas sombrer, et nous plongeons tous les deux dans cette abîme liquide. Je n’ai pas peur des ténèbres, je les connais bien, elles sont en moi. Tandis qu’il me happe vers le fond et l’inconnu, je mobilise mes forces pour le soutenir mais aussi résister au chant tentateur de ces abysses. C’est moi qui choisi lorsque je tombe, mais c’est aussi mon rôle que d’accompagner ceux qui luttent contre leurs démons. Dans ces moments là, l’étreinte du Poulpe c’est comme un crochet qui s’enfonce profondément dans mes chairs. Me voici ferrée, je ne m’ébroue pas, je ne résiste pas, j’en fais le choix conscient et réfléchi. Il est l’une des rares personnes que je suis aveuglément, en toute confiance. Parce qu’on ne peut pas avoir peur de son propre reflet et je sais reconnaître un Frère de Douleur lorsque j’en croise un.

Le voici qui tourne autour de moi, incisif, mordant, agressif. La Loba en alerte s’ébroue et se joint à la chasse. L’échine se hérisse, les babines se retroussent tandis qu’elle gronde. Parfois les machoires claquent tandis qu’un de ses bras se referment sur une de mes pattes essayant de me broyer. Nous sommes aussi deux prédateurs, deux êtres appartenant au monde sauvage. Nous sommes bestialité, instinct, dominants, territoriaux. Il n’y a pas de haine dans nos accrochages, je ne le crois pas, simplement parfois nous laissons nos Bêtes respectives sortir et s’affronter.

Il dit être béni par Pan et je ne vois que Dyonisos. Mais je me suis trompée, je viens d’en prendre conscience. Je crois que j’ai compris maintenant. Dyonisos c’est son pentacle de perle, ce qu’il veut bien montrer au monde. Oui il est ce phare qui attire tous les regards, ensorcelle, envoûte, déchire, focalise autour de l’ébat –oserai-je dire esbat ?- sexuel et festif. Le choix naturel au cœur de la nuit quand on a pas envie de dormir. Car le Poulpe sait être le Chaos, je le soupçonne d’en être l’un de ses fils. Un Chaos primordial, source de création ; Son existence se révèle dans ce chaos, mais on lui a volé son étincelle créatrice. Son raisin pourrit sur la vigne, me murmure t-il. La douleur qui lui a été infligée est atroce sans doute, il y a de quoi devenir fou. Mais c’est à lui de réclamer cette étincelle et de conceptualiser son univers. Moi, je suis à ses côtés, prête  au combat, attendant sa décision. Car je le choisis comme champion et roi moi qui suis la fille de Morrigan. Au bout de ce choix, il n’y aura que deux possibilités : il s’élèvera porteur de ma souveraineté ou il sera détruit. Pure symbolique, bien sûr. Pan, c’est son Pentacle de fer, celui qu’il garde au fond de lui, celui qui l’appelle vers la forêt alors qu’il étouffe dans cette prison bétonnée, celui qui lui envoie des signes, des alertes et qui fait sursauter son instinct et sa sauvagerie.

Il y a l’énergie féminine en lui mais décidément c’est sa force masculine que je préfère . J’aime aussi sa liberté qu’il préserve si mal, j’aime sa peau à vif qui s’apaise au contact de la mienne. Il est mon frère de peine incestueux, l’amant lointain et inaccessible, le roi qui doit être couronné ou sacrifié, mon Homme Noir et mon ami.

Il est le Poulpe tout simplement. Onde vive, mouvement, force motrice en marche auquel rien ne résiste.

le chant de la Morrigan (Samhain)

NdA: Ce texte fut directement inspiré d’un travail collectif d’autres soeurs, travail que vous trouverez ici: http://lantredemorrigan.wordpress.com/2012/10/28/ode-collective-pour-samhain/#comment-325  Je les salue au passage et les remercie!

Tes messagers aux ailes d’obsidienne annoncent ton arrivée

Tandis que la brume m’enveloppe de son blanc manteau

Au plus profond de la Terre endormie, j’entends ton appel
M’invitant à célébrer les Sombres Mystères.

Reine Fantôme, déesse des Terres, déesse des Eaux,
Le sang rouge de ton épée coule sur le sol,
Les Fruits sont enfouis profondément,
Tandis que le Cycle s’achève pour cette Roue.

Les feuilles roussies virevoltent
Vient le temps du Pourrissement,
Vient le temps du Recueillement,
Le soleil se meurt, les heures s’étirent.

Tandis que tu t’élèves, entonnant ton chant puissant
Tes messagers annoncent la nouvelle: corbeaux, loups, génisses
La Mère Sombre berce la Nature qui se repose
La Souveraineté veille sur la terre qui s’endort.

Les Portes du Sidh sont en train de s’ouvrir

Entends le hurlement des banesidhes
Gardienne du pont de Manannan!
O, Grande Reine, guide les dans notre monde
Esprits, spectres, fantômes

Peuple des bois, des eaux, du ciel et du feu
Ancêtres, mânes de mon sang,
Enfants de l’ombre et de la lumière
Afin qu’ils puissent à leur tour éclairer ma route.

Les Portes du Sidh sont en train de s’ouvrir

La Roue tourne,
Tisse! Tisse! Gardienne de la Destinée
Déchire le Voile entre les mondes
Illumine le passage vers Tir na Nog.

Les portes du Sidh sont en train de s’ouvrir

Dans cette nuit glacée,
Je marche à ta rencontre, Sombre Mère
Car je suis ta fille
Et la porteuse de la Flamme Noire

Je ne crains pas ce qui est
Je me purifie à ta Source dans ce feu de ténèbres
Je rends à la Terre ce qui doit mourir
Et donne à la Terre ce qui doit germer.

La Roue de l’année s’achève, la Roue de l’année débute,
Tu es la Fin et le Commencement
La Mort et la Renaissance
J’entends les tambours de guerre
Je prends les armes
Et je me joins à la bataille de l’Existence
Guidant les guerriers de mon vol,
Les accompagnant lorsque tu les fauches
En un ultime geste de compassion et d’amour.

J’entends ton chant Morrigan
Il est croassement, eau grpndante, terre qui tremble
Tes ailes noires se déploient au-dessus de moi
Et je ne connais plus la peur.

Ta main glacée se pose sur mon épaule
Et je me renforce de cette douleur
De ta poigne puissante, tu m’agenouilles
Et humble, je contemple mes erreurs, apprenant d’elles

La Gaebolga plonge dans mon ventre et arrache tout ce qui doit mourir
Mon sang se mêle à la etrre noire
Me voici ressourcée, purifiée
Prête à entrer dans la nouvelle roue de l’année.

(image: source inconnue)